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Marie Barbieux : sciences et sport de haut niveau à l'OOV

 

Marie Barbieux : sciences et sport de haut niveau à l'OOV
Entretien avec une sirène du waterpolo

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L'Observatoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer est certes un lieu où l'on fait de la recherche en sciences marines.
C'est une communauté scientifique.
Mais cette communauté est aussi la somme d'individualités qui parfois ont des parcours atypiques et des passions méconnues, où ils se révèlent aussi hors de l'Observatoire.

Marie Barbieux est l’une de ces individualités : son parcours est de ceux qui ne laisse pas indifférent et qu’on se plait à découvrir et redécouvrir.

portrait marie barbieux

Car si Marie est une étudiante accomplie, c’est aussi une sportive de très haut niveau.
Outre sa thèse qu’elle prépare à l’Observatoire de Villefranche sous la conduite d’Annick Bricaud, de Julia Uitz et d’Hervé Claustre (du Laboratoire d'Océanographie de Villefranche sur Mer à l'OOV), Marie est en effet aussi membre de l’équipe de France féminine de waterpolo.
Nous avons voulu en savoir plus sur elle et revenir sur son parcours.
D’autant que Gaby Gorsky, directeur de l’OOV est lui aussi un joueur de waterpolo qui a entraîné l’équipe masculine de l’Olympique Nice Natation waterpolo…

Peux-tu te présenter rapidement et nous dire au passage ce que tu fais cette année à l’Observatoire ? 

Je m’appelle Marie Barbieux, j’ai 23 ans et je prépare une thèse en océanographie, plus spécifiquement tournée vers l’optique marine.
Mon sujet d’étude consiste à établir des assemblages phytoplanctoniques à partir de données recueillis par nos « flotteurs profileurs » mis à l’eau dans divers endroits stratégiques des océans du monde.
Travailler sur une base de données bio-optiques représentative d’une large gamme de conditions trophiques est assez novateur et me plait beaucoup !

Et tu joues au waterpolo….en équipe de France féminine...

Oui je suis membre de l’équipe de France de waterpolo depuis cette année.

.Avant d’évoquer plus avant cette jolie aventure en équipe nationale, peux-tu nous dire comment ça a commencé, comment tu en es venue au waterpolo ?

Il faut savoir que j’ai beaucoup voyagé avec mes parents et que j’ai toujours été attirée par l’eau. Je passais souvent mon temps dans la piscine, dans la mer, à nager, jouer.
C’est l’un de ces voyages qui va être déterminant justement...
J’avais 10 ans, nous étions en Malaisie avec mes parents où nous y avons vécu 3 ans. Un père de famille Néo-Zélandais poloiste nous a montré et fait jouer à ce sport, et nous avons donc pris l’habitude avec mes amis de jouer dans la piscine au waterpolo…
Ce fut le déclic. J’ai adoré et j’ai su que j’avais envie de pratiquer ce sport.

Tu as donc intégré un club ?

Oui à 16 ans j’ai effectué mon lycée à Caen et j’ai donc intégré le club d’Hérouville où j’ai évolué jusqu’à ce que je parte au Canada pour ma 3è année de Licence.
J’étais la seule fille. Par la suite, d’autres ont suivi. Aujourd’hui Hérouville est devenue un club important, il évolue en N1 (division sous la division la plus haute, la Pro A), comme Nice, mon club actuel.

Tu as suivi ta L1 et L2 à Caen si je comprend bien ?

Oui, j’ai fait ma L1 et ma L2 en Sciences du Vivant à Caen.
Puis j’ai décidé de partir à l’Université de Laval au Québec car ça m’ennuyait de suivre une formation encore trop générale.
La L3 proposée là bas me permettait de rentrer plus vite dans du spécifique, de se rapprocher de l’océanographie.

As-tu continué à jouer là-bas ?

Bien sûr j’ai joué dans l’équipe des « Hydres » de St-Foy une banlieue de Québec.

Comment est le niveau en waterpolo au Canada ?

Il y’a un bon niveau au Canada, cette nation est mieux classée que nous mondialement et j’y ai donc appris beaucoup de choses grâce à des joueuses ayant participé aux JO notamment.

Après ta Licence, tu as donc fait un Master ?

Oui, le master SDUE à l’université de Pierre et Marie Curie. C’est à partir de là que commence mon aventure avec l’équipe de Nice de waterpolo.
En M1 je joue à Choisy-le-Roi (les premiers 6 mois se font sur Paris) mais lors de mon stage que je fais à l’Observatoire Océanologique de Villefranche je vais nager et m’entrainer avec l’équipe de Nice, à l’ONN.
Dès mon M2 où mon stage à Villefranche est de plus longue durée j’intègre l’ONN, en Pro A.

Pas toujours facile de concilier études et sports, comment y es-tu parvenue ?

C’est vrai que ce n’est pas facile et que c’est fatiguant, j’allais nager 6 fois par semaine, mais je dois dire que les circonstances ont un peu joué en ma faveur.

Comment ça ?

L’expérience à très haut niveau est nouvelle pour moi puisque ma première sélection en équipe de France date de Février 2015.
C’est un autre palier, une autre dimension; si cette convocation, et les implications qu’elle a du point de vue de l’exigence et de l’entraînement, s’était présentée l’année dernière, ou avant par exemple, pas sûr que j’aurais pu assumer cette double vie.
L’année dernière, en plus, a été une vraie période de doute et de stagnation en water polo.
Ce qui m’a finalement laissé du temps à consacrer aux études.
J’étais loin de m’imaginer que je me retrouverais là où j’en suis, en équipe de France.

affiche France-Hongrie

Pourtant, cette année il y’a aussi une thèse à préparer…

C’est vrai mais j’ai la chance que mes directeurs de thèse Annick Bricaud, Julia Uitz et Hervé Claustre soient très compréhensifs. Ils me soutiennent et ils ne voient pas d’inconvénient à me laisser un peu rallonger mon temps pour la thèse.
Ils savent que c’est une occasion qui ne se présente pas tous les jours. Que c’est une expérience à vivre. Je leur en suis très reconnaissante.
Reconnaissante également de m’avoir acceptée tout court en thèse à l’OOV.
Et puis d’une façon générale, il est plus facile de s’organiser qu’en Licence ou Master; je peux gérer mon planning un peu comme je l’entends, je commence tôt le matin, et le soir, je quitte plus tôt pour m’entraîner. Il n’y a pas de cours à suivre.
Il se trouve que le Directeur de l’Observatoire Gaby Gorsky est également un joueur de waterpolo et a entraîné l’équipe de Nice; pour ça, il me soutient à 100% aussi.
Je ne pouvais pas mieux tomber.

Tu disais que l’année dernière a été une période "trouble" ?

Oui l’ambiance dans le club n’était pas extraordinaire, nous avons perdu un entraineur exceptionnel (Marc Vidil qui est l’ex-entraîneur de l’équipe de France).
Trois entraîneurs différents se sont succédés sans qu’aucun n’amène ce quelque chose de transcendant, une méthode qui vous tire vers le haut et vous fait progresser.
C’est ce que j’ai vécu en tout cas. Et j’ai senti mon niveau stagner voire baisser, avec mes motivations.
Nice a décidé de quitter la Pro A et de repartir de la N1 pour reconstruire sur un nouveau projet. Les filles sont géniales, motivées.
L’objectif est de remonter en Pro A. Et surtout, l’ONN a engagé un nouvel entraineur, Giorgos Intzes. C’est un vrai professionnel, un vrai technicien pédagogue.
Il m’a redonné le goût des choses, j’ai constamment le sentiment d’apprendre de nouvelles choses et j’ai à nouveau progressé et franchi un nouveau palier avec lui.
Aujourd’hui le travail paie et je suis membre de l’équipe de France, tout a été très vite, cela s’est joué sur des circonstances favorables comme je le disais.
Et j’ai retrouvé un entraineur en équipe de France, Filipos Sakellis, également  grec, qui possède la même philosophie d’entrainement que mon entraineur de club.
Dès ma première convocation j’ai pu jouer 2 minutes, ce qui est rare pour une première et j’ai toujours un temps de jeu plus que satisfaisant depuis. Je m’enrichis toujours plus à son contact. Les filles aussi sont supers, et le projet repose sur des bases solides et conviviales.
J’ai moi-même gagné en confiance : autrefois, si je ratais un tir mon bras tremblait le reste du match.
A présent je tire sans arrière-pensées parasites, sans fléchir, quel que soit mes échecs.

Encore un Grec…Est-ce anodin ?

Non, il faut souligner que la Grèce est parmi les meilleures équipes d’Europe avec l’Italie et l’Espagne. Elles ont un peu notre façon de jouer (transmise par notre coach grec); pour ça, cela me ferait grand plaisir de jouer contre elles et de les battre.
Ce sont des pays où le waterpolo a plus d’importance qu’en France, est plus médiatisé.

Au fait, quel poste occupes-tu ?

Je suis pointe. Attaquante, tout devant.Je joue souvent dos à la cage adverse. Toute la stratégie consiste à être capable de se retourner et tirer au but, avec un rôle de remiseur aussi.
C’est un poste qui demande de l’endurance, du physique et de l’astuce technique.
D’ailleurs, il faut avoir un certain physique pour jouer au waterpolo : nous faisons toutes autour des 1,80 mètre; les filles sur les ailes sont souvent les nageuses les plus rapides.

Marie en action dans l'eau

De grandes échéances t’attendent, aussi bien avec Nice qu’avec l’équipe de France… 

Ce week-end se tient la finale de la N1, entre Limoges, Grand Nancy, Nice et Hérouville. Avec Hérouville ce sera une rencontre toute particulière puisque il s’agit de mon premier club… Emotions en perspective !
Il nous faut gagner les trois matchs pour êtres sûres d’être championnes de France et de monter en Pro A.*
Pour l’équipe de France je m’en vais deux mois à partir de juin pour les Universiades, un des tournois majeurs destiné aux moins de 25 ans universitaires, qui se dérouleront en Corée, à Gwangju (3 Juillet-14 Juillet).
Ensuite, si je suis sélectionnée, ce seront les championnats du monde cet été à Kazan en Russie (26 Juillet-8 Août) ; de notre résultat là bas décidera notre participation aux JO de Rio 2016.

Tu es aux Universiades, tu seras probablement aux championnats du monde, il ne te reste plus qu’à faire les JO de Rio, l’une des, sinon la plus prestigieuse, des compétitions en waterpolo…

Je prends tout ce que je peux et bien sur être à Rio en 2016 ca serait énorme mais comme on dit « inch allah ».

Merci Marie et bonne chance pour la suite !

 

Dans le « fond », l’Observatoire reste finalement une «affaire d’eau », et si on y trouve « des têtes » on peut aussi compter sur… «des jambes » !

*depuis l’entretien les féminines de l’Olympique Nice Natation waterpolo et Marie sont devenus championnes de France, les voilà titrés et en route vers la Pro A.

Entretien réalisé le Vendredi 24 Avril 2015.

D.E

 

Les championnes de France 2015 (photo ONN).
(Marie Barbieux, rangée supérieure, 2è de gauche à droite)

l'équipe féminine de l'ONN waterpolo chanpionnes de France N1

 


 
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